Par Martin Klever
Il existe peu de secteurs qui ne sont pas actuellement touchés par la crise économique. Des exceptions existent néanmoins chez nous également. "Mon activité connaît une forte croissance depuis des années. Je touche du bois", confie Philippe Heeren. Avec le développement et la vente de boîtiers de puissance pour moteurs turbodiesel, cet Eupenois de naissance a découvert un créneau porteur.
Philippe Heeren s'est toujours intéressé aux voitures et à l'électronique. Au tournant du millénaire, il a commencé à commercialiser son produit à petite échelle. "À l'époque, j'étais content si je parvenais à vendre ne serait-ce qu'un seul boîtier additionnel par jour", se souvient ce trentenaire de 35 ans. Aujourd'hui, il en vend 15 000 exemplaires par an - et la tendance est à la hausse. Son entreprise P-Tronic, basée à Francorchamps, emploie désormais dix collaborateurs et est leader mondial incontesté.
Le principe de base du boîtier de puissance s'explique rapidement. Presque tous les constructeurs automobiles brident intentionnellement les moteurs diesel et protègent ce bridage par de nombreux codes de sécurité. Le boîtier additionnel déchiffre en retour ce verrouillage et confère au moteur davantage de puissance grâce à une modification du temps d'injection dans la pompe. "Le résultat est le même pour chaque véhicule. La puissance du moteur est augmentée de 25%, tandis que la consommation de carburant est réduite de 15%. Le conducteur a l'impression que le véhicule est plus léger d'environ 500 kilos et que le moteur fonctionne enfin normalement", résume Philippe Heeren.
Le résultat obtenu avec le boîtier ressemble ainsi à celui de ce qu'on appelle la reprogrammation. Toutefois, la méthode est différente. "Lors d'une reprogrammation, un programme est installé dans l'électronique de la voiture. Le boîtier de puissance, en revanche, est tout simplement connecté au moteur via un connecteur et peut donc être retiré à tout moment."
Des dommages au moteur sont cependant exclus, insiste l'Eupenois : "Nous vendons une technologie produite en interne et non de la contrefaçon." Et cette qualité a son prix. Selon le modèle de voiture, le boîtier additionnel de la maison P-Tronic coûte entre 500 et 1000 euros. "Nos prix sont identiques dans tous les pays - indépendamment de la TVA respective."
Le succès donne raison à l'homme d'affaires. Entre-temps, il vend son produit dans 60 pays à travers le monde. Son plus grand marché reste certes l'Europe, mais la demande augmente également en Amérique et en Asie. "Il y a quelques jours à peine, nous avons à nouveau reçu des commandes de Malaisie et de Singapour. C'est quand même un peu fou", confie-t-il.
Mais à quoi ressemble le client type de l'entreprise ? "Dans la plupart des cas, ce sont des personnes qui - que ce soit professionnellement ou à titre privé - parcourent de nombreux kilomètres avec leur véhicule, mais ont des problèmes avec sa puissance moteur. Il ne s'agit certainement pas principalement de passionnés de tuning ou de chauffards fous", précise Heeren.
Le trentenaire de 35 ans ne craint pas la concurrence qui découvrirait également ce créneau porteur. "Notre grande force, c'est notre sérieux - par rapport à de nombreux autres fournisseurs." Désormais, P-Tronic ne compte plus seulement des particuliers parmi sa clientèle, mais aussi de nombreuses entreprises renommées et constructeurs automobiles. Même les unités spéciales de la police ont recours au boîtier additionnel de Francorchamps pour disposer, le cas échéant, de suffisamment de puissance sous le capot.
Un atout majeur de ces boîtiers est également leur polyvalence. Ils sont toujours adaptés aux caractéristiques spécifiques d'un type de véhicule. Actuellement, ils fonctionnent déjà en combinaison avec 2100 modèles automobiles différents. Et chaque jour, leur nombre augmente. La complexité croissante de l'électronique embarquée garantit justement la demande grandissante. "Les prix de notre produit continueront d'augmenter régulièrement. La tendance est complètement différente de celle des produits électroniques de vente habituels. Ce n'est pas comme avec un téléviseur plasma qui ne coûtera plus que la moitié du prix actuel dans six mois", assure Philippe Heeren.
P-Tronic réalise 80% de ses ventes via Internet. "Ce média a énormément gagné en prestige ces dernières années. Nous en profitons", reconnaît l'entrepreneur belge. Les commandes peuvent être passées 24 heures sur 24, sept jours sur sept. La livraison part généralement le jour même de la commande - par service express. On veut faciliter les choses au maximum pour les clients.
Cela se reflète également dans la présence web massive de l'entreprise. Selon la devise "qui cherche trouve". "Nous employons un informaticien qui veille à ce que nous soyons toujours parmi les premiers résultats de recherche lors de la saisie des mots-clés courants sur Google." Car malgré le succès actuel, Philippe Heeren ne veut rien laisser au hasard à l'avenir.
2009 s'annonce déjà, quelques jours avant la clôture de l'exercice annuel, comme l'année la plus réussie dans l'histoire encore assez jeune de l'entreprise P-Tronic. Philippe Heeren a vendu plus de 15 000 exemplaires de son boîtier additionnel. "C'est pas moins de 25% de plus que l'année précédente", explique l'entrepreneur.
Le trentenaire regarde donc l'avenir avec optimisme. "Les marchés pour notre produit continueront de croître", pense-t-il. Plus de voitures immatriculées sur les routes signifient pour l'Eupenois de naissance et son équipe de nouveaux clients et des sources de revenus supplémentaires. P-Tronic envisage donc un développement de l'infrastructure opérationnelle et, dans ce contexte, une extension de son rayon d'action.
Sur le plan privé, Philippe Heeren prend les choses plus calmement. Avec sa compagne, il a trouvé un nouveau logement dans le Pays de Herve. "Ma femme travaille à Liège, et je voulais habiter près d'Eupen. C'est pourquoi nous avons opté pour une maison à mi-distance", raconte-t-il au Grenz-Echo.
Philippe Heeren a grandi à Eupen, fréquenté l'Athénée royal. Lorsque ses parents ont divorcé, il a déménagé avec sa mère à Malmedy. "Mais Eupen reste aujourd'hui encore la ville que je connais le mieux", confie-t-il.
Professionnellement, tout roule plus que bien pour Philippe Heeren actuellement. Pourtant, dans sa jeunesse, peu de choses laissaient présager qu'il ferait un jour parler de lui en tant qu'homme d'affaires reconnu.
À 14 ans, il a quitté l'école et s'est débrouillé avec des petits boulots. "À cette époque, j'ai fait à peu près tout", se souvient-il. Sa passion pour la musique l'a finalement remis sur les rails. "Pour divers festivals de musique, j'ai attiré des sponsors." Il a ainsi travaillé notamment pour les Francofolies. Jusqu'à ce qu'il fasse finalement preuve d'un flair certain et se construise de nouvelles perspectives avec la commercialisation du boîtier additionnel. (mcfly)
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